La plupart des programmes de formation des producteurs savent dire combien de sessions ont été données et combien de producteurs y ont assisté. Bien moins savent dire ce que les producteurs ont appris, ce qu’ils ont changé sur leur exploitation, ou si le programme a fait bouger les indicateurs pour lesquels il a été financé. Ce n’est pas une question d’effort. La formation est généralement mesurée comme une activité, pas comme un résultat.
Cet article décrit une boucle simple qui rend la formation mesurable, et montre comment ses résultats peuvent alimenter le suivi des objectifs de développement durable de l’ONU, des indicateurs des bailleurs et du revenu vital.
Pourquoi les chiffres de présence en disent-ils si peu ?
La présence vous apprend qu’un producteur était dans la salle. Elle ne vous dit pas :
- si le contenu répondait à un manque réel de ce producteur ;
- s’il l’a compris ;
- s’il s’en souvient encore quand la saison arrive ;
- si ses pratiques ont changé, et si ce changement a eu un effet sur le rendement, le revenu ou le risque.
Les programmes ont aussi tendance à former tout le monde sur tout. Un producteur qui taille déjà correctement assiste à une session sur la taille ; son voisin, qui peine à tenir ses registres, ne reçoit jamais d’aide ciblée. L’effort est réparti uniformément, et l’impact se dilue.
À quoi ressemble une boucle de formation mesurable ?
La boucle compte six étapes. Chacune produit des données que l’étape suivante utilise.
1. Enquêter : savoir où en sont réellement les producteurs
Commencez par une courte enquête auprès des producteurs que vous voulez toucher, sur les sujets qui comptent : pratiques agricoles, accès au financement ou aux services de santé, décisions au sein du foyer, sécurité, connaissances en matière de conformité. Les enquêtes fonctionnent mieux dans la langue du producteur, par la voix ou par téléphone, ou avec un agent de terrain hors ligne, selon ce que le producteur préfère. Les producteurs sont équitablement rémunérés pour leur contribution.
L’enquête établit la situation de référence : ce que les producteurs savent et font aujourd’hui.
2. Analyser les manques par population et par zone
Ventilez les résultats : par région, coopérative, genre, âge, taille d’exploitation, culture. Les manques sont rarement uniformes. Un district peut ignorer les règles de stockage sûr des produits agrochimiques ; un autre peut déjà les appliquer mais manquer d’accès au crédit. L’analyse vous dit qui a besoin de quoi.
3. Former les producteurs qui en ont besoin
Adressez la formation aux producteurs dont les réponses ont révélé le manque, dans des formats adaptés à leur journée : courts modules sur téléphone, messages vocaux, session au champ, parcelle de démonstration. Cibler, c’est faire perdre moins de temps aux producteurs qui maîtrisent déjà le sujet, et consacrer plus d’attention à ceux qui ne le maîtrisent pas.
4. Quiz : vérifier ce qui a été compris
Après la formation, un court quiz de quelques questions teste la compréhension des points précis enseignés. Un second quiz, plus tard, teste ce qui a été retenu. Les questions doivent être concrètes (« combien de jours après un traitement pouvez-vous retourner dans la parcelle ? »), pas générales (« avez-vous trouvé la formation utile ? »).
Les résultats des quiz sont la première vraie mesure de l’effet de la formation.
5. Reformer là où le manque persiste
Quand les résultats d’un quiz montrent qu’un groupe n’a pas compris, la boucle revient à la formation pour ce groupe : un autre format, un autre formateur, un message plus simple. La boucle se répète jusqu’à ce que le manque soit comblé, ou jusqu’à ce qu’il apparaisse que le problème n’est pas une question de connaissances (par exemple, un producteur qui connaît la bonne pratique mais n’a pas les moyens d’acheter l’intrant).
6. Rendre compte du changement
À la fin, vous pouvez rendre compte non seulement de l’activité, mais du changement : la part des producteurs qui présentaient le manque au départ, la part qui l’a comblé après la formation, et les pratiques qui ont suivi. C’est le langage que les bailleurs et les conseils d’administration attendent de plus en plus.
Comment relier les résultats aux ODD et au revenu vital ?
La boucle produit des données à l’échelle du producteur, qui peuvent être rattachées aux cadres de référence de votre programme.
| Cadre | Exemples de ce que la boucle peut alimenter |
|---|---|
| ODD 1, Pas de pauvreté | Évolution des sources de revenu, accès aux services financiers |
| ODD 2, Faim « zéro » | Adoption de pratiques liées à la productivité et à la résilience |
| ODD 5, Égalité entre les sexes | Participation et gains de connaissances ventilés par genre |
| ODD 13, Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques | Adoption de pratiques d’adaptation au climat, agroforesterie, plantation d’arbres |
| Indicateurs des bailleurs | Indicateurs sur mesure définis avec le financeur dès le départ |
| Revenu vital | Données de revenu des ménages comparées à une référence de revenu vital pour la zone |
Le revenu vital est le revenu annuel net dont un ménage a besoin pour s’offrir un niveau de vie décent à un endroit donné. Mesurer les progrès vers ce revenu demande des données sur les ménages dans la durée : l’enquête de référence, répétée à intervalles réguliers. La formation est un levier parmi d’autres (prix, rendements, diversification), et la boucle aide à montrer quelle part du changement peut raisonnablement lui être attribuée.
Les 17 objectifs de l’ONU et leurs cibles sont publiés sur le site des ODD de l’ONU. Choisissez les cibles qui correspondent à votre programme avant l’enquête de référence, pour que les questions mesurent les bonnes choses.
Qu’est-ce qui rend les données crédibles ?
Les chiffres d’impact ne convainquent que s’ils sont défendables. Quelques règles aident :
- Les mêmes producteurs, avant et après. Comparez les mêmes personnes dans le temps, pas deux échantillons différents.
- Des questions stables. Changer la formulation entre l’enquête de référence et le suivi empêche toute comparaison.
- Noter qui, quand et comment. Chaque réponse doit porter la date, le canal et, le cas échéant, l’agent de terrain.
- Distinguer connaissance et pratique. Un quiz mesure la connaissance ; la pratique demande une observation ou des questions de suivi.
- Respecter le consentement. Les producteurs doivent savoir ce qui est collecté, pourquoi, et qui y a accès. Les données qui les concernent doivent rester sous leur contrôle.
À qui cette approche profite-t-elle ?
- Les producteurs reçoivent une formation adaptée à leurs besoins, et on ne leur demande leur temps que lorsque c’est utile.
- Les ONG et les bailleurs de fonds peuvent montrer des résultats, et pas seulement des activités, et réorienter le budget vers ce qui fonctionne.
- Les entreprises qui s’approvisionnent auprès de petits producteurs peuvent documenter l’appui qu’elles apportent à leurs fournisseurs, que l’EUDR (règlement européen sur la déforestation, RDUE) reconnaît explicitement comme mesure d’atténuation des risques, et démontrer leurs progrès sur leurs engagements de durabilité.
- Les États et les programmes nationaux obtiennent une vue des besoins en vulgarisation par zone et par population.
Comment Farmer1st accompagne-t-il cette boucle ?
Farmer1st est l’infrastructure du premier kilomètre construite autour des producteurs : un réseau contrôlé par les producteurs, où entreprises, États et organisations collectent, vérifient et partagent les données d’origine, et construisent dessus les services dont ils ont besoin.
Pour les programmes d’impact, cela signifie des enquêtes auprès des producteurs qui les atteignent directement, des formations et quiz ciblés à partir des résultats d’enquête, une application producteur pour l’engagement, et un agronome IA qui aide à répondre aux questions des producteurs entre les sessions. Le tout est conçu pour le hors-ligne sur le terrain, avec une IA qui accompagne les producteurs et les équipes qui utilisent les outils. Si votre programme a besoin de quelque chose de précis, nous le prototypons avec vous dans la Nursery.
Les petits producteurs que la plupart des programmes cherchent à atteindre sont des professionnels qualifiés qui gèrent des exploitations complexes. Mesurer correctement la formation, c’est prendre au sérieux leur temps et leurs résultats.
Questions fréquentes
À quelle fréquence faut-il soumettre un quiz aux producteurs après une formation ?
Juste après la session, pour vérifier la compréhension, puis quelques semaines ou quelques mois plus tard, pour vérifier ce qui a été retenu. Le second quiz est le plus utile : il montre ce que les producteurs savent encore au moment de l’appliquer au champ.
La même approche fonctionne-t-elle pour les formations de conformité, comme l’EUDR ou la sensibilisation au travail des enfants ?
Oui. Tout sujet dont les connaissances attendues sont claires peut faire l’objet d’une enquête, d’une formation, d’un quiz et d’une reformation. Pour les sujets de conformité, les enregistrements attestent aussi que la formation a eu lieu et de ce qui a été compris, ce qui étaye la diligence raisonnable.
Les producteurs sont-ils rémunérés pour répondre aux enquêtes ?
Les producteurs sont équitablement rémunérés pour leur contribution. Leur temps et leurs connaissances ont de la valeur, et les considérer ainsi améliore aussi les taux de réponse et la qualité des réponses.
- Nations unies, les 17 objectifs de développement durable
- FAO, Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture
- FIDA, Fonds international de développement agricole
- Règlement (UE) 2023/1115, article 11 (atténuation des risques, y compris le renforcement des capacités des fournisseurs), EUR-Lex
Mis à jour ·